La compétition courts métrages

8 juillet 2021

 

Le regard que nous portons sur les films actuels est forcément influencé, orienté par la pandémie mondiale (indépendamment du fait qu’ils aient été tournés avant ou après le début de la pandémie, qu’ils évoquent délibérément ou non la situation). Cette lecture ne fausse pas le sens des films, elle vient plutôt leur octroyer une richesse supplémentaire. Ainsi Entre ellas, en se déroulant dans le huis-clos d’une laverie, permet de repenser le confinement, non plus comme un isolement forcé mais un refuge à la violence extérieure. Changer le regard sur le monde actuel, c’est aussi ce à quoi s’efforcent certains films qui témoignent directement de l’expérience douloureuse qu’a été le confinement (Jardín de Piedra, Igual / Diferente / Ambas / Ninguna), et qui espèrent de la sorte en tirer les leçons, et parvenir à changer le monde (pourquoi le cinéma ne pourrait-il pas lui aussi contaminer l’homme et la réalité ?). Cela ne pourra s’opérer qu’à travers un nouveau rapport à la nature, qu’il soit inventé (Poilean) ou retrouvé (Herbarium). La rupture entre l’homme et son environnement se retrouve aussi dans une séparation qui scinde en deux l’évolution même de l’espèce, entre ce qu’il est maintenant convenu d’appeler le « monde d’avant » et le « monde d’après ». La tentation du grand nettoyage se fait sentir chez ceux qui voudraient en terminer avec l’Histoire (El Oso antártico) tandis que d’autres y voient heureusement la possibilité d’une seconde chance (Sin asunto). Mais la disparition de l’image (La Luz de Masao Nakagawa) et celle du son (La Radio) laissent présager le pire quant à l’avenir du cinéma, condamné à errer parmi les fantômes qui viennent à sa rencontre (Son of Sodom), à moins qu’il n’accepte de se faire l’avocat du diable (comme le danseur de La Sombra refugiada qui se déguise en diable pour mieux lui échapper), au risque de perdre sa raison d’être.  

Nicolas Azalbert, responsable de la programmation cinéma

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