Lorsque l’artiste équatorienne Isadora ROMERO découvre que ses ancêtres étaient des gardiens de semences, elle se demande si le besoin de raconter des histoires sur l’agro-biodiversité est inscrit dans ses gènes.
Ces vingt dernières années, 75 % des variétés végétales du monde ont disparu. Son travail de recherche-création photographique « Humo, Semilla, Raiz » pose la question suivante : comment la perte de la mémoire ancestrale et des savoirs autochtones – conséquence de la colonisation, des déplacements forcés, du racisme et de l’emprise des géants de l’agroalimentaire – entraîne-t-elle la disparition de semences à un rythme effréné ?
Son corpus d’images s’articule autour de la mémoire, d’une réflexion sur les racines ancestrales et d’une conscience écologique pressante. Il entremêle son histoire familiale et les enjeux mondiaux liés à la perte et à la préservation. Il est le fruit de plus de six années de recherches et de voyages à travers le Paraguay, l’Équateur, la Colombie et le Mexique. La photographie de son arrière-arrière-grand-mère Fulgencia PISCO, qui ouvre cette exposition, devient à la fois un point d’ancrage et une boussole guidant un retour aux racines familiales et territoriales.
Les séquences visuelles sélectionnées pour cette exposition offrent une perspective nouvelle sur les enjeux environnementaux de cette partie du monde à travers le prisme des possibles et non des conséquences catastrophiques. Chacun d’eux met en lumière une forme de résistance ; qu’il s’agisse des femmes organisées contre la monoculture ou des personnes s’appuyant sur des systèmes de connaissances ancestraux dont ils ont hérités.
Dans cette exposition, les semences fonctionnent à la fois comme réalité matérielle et comme métaphore ; vecteurs vivants de mémoire, de résistance et de réparation.
Isadora ROMERO
Isadora Romero est une photographe et conteuse visuelle équatorienne basée à Quito. À travers une approche mêlant photographie documentaire, expérimentale et procédés alternatifs, elle explore les liens entre les communautés, les territoires et l’environnement en Amérique latine. Ses recherches portent notamment sur la mémoire, le genre, l’agriculture, la justice sociale et la préservation de l’agrobiodiversité, en mettant en lumière les formes de résistance, de coexistence et de soin développés par les communautés.
Cofondatrice de Ruda Colectiva et exploratrice pour National Geographic, elle a reçu plusieurs distinctions internationales, dont le Discovery Award aux Rencontres d’Arles et le World Press Photo Open Format Award. Son livre Moving, to See You rassemble sept années de recherche consacrées à l’agrobiodiversité en Amérique latine.